Les hispaniques peuvent-ils changer la trajectoire politique texane ?

Ces dix dernières années, la population texane a augmenté deux fois plus vite que dans le reste du pays. Avec ses 26 millions d’habitants, le Texas a gagné plus de 5 millions de personnes depuis 2000 et il en gagnera 5 millions de plus d’ici 2020. Bien que le Lone Star State ait toujours été un état à forte croissance démographique, c’est la nature de cette croissance qui a changé.

Les 2/3 de cette croissance est en effet aujourd’hui issue de la population hispanique alors que la croissance des blancs stagne ou progresse peu. Ceux-ci ne représentent plus la majorité de la population et d’ici 10 ans, il y aura au Texas, plus d’hispaniques que de blancs.

En dehors de cette croissance hors-norme, c’est bien la diversité ethnique des grandes villes texanes à laquelle il faut prêter attention. A ce titre, l’exemple de Houston est sans doute représentatif de la diversité à venir aux Etats-Unis avec 40% de blancs, 35% de latinos, 17% de noirs et 7% d’asiatiques.

L’une des conséquences de cette croissance est bien entendu politique. L’Etat du Texas a gagné 4 sièges au congrès fédéral lors du recensement de 2010 et en gagnera sans doute 6 de plus d’ici 2060, ce qui amènerait la délégation texane à 42 membres en 2060, juste derrière la Californie.

A première vue, le statut de géant électoral devrait être une bonne chose pour le parti républicain puisque le Texas est fortement ancré à droite depuis plus de 20 ans. Le parti conservateur a en effet gagné 200 élections de suite aux postes exécutifs de l’Etat et les 2/3 des membres du congrès texan sont aujourd’hui républicains.

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Mais en raison des évolutions démographiques actuelles, l’avenir du parti républicain n’est plus assuré. Au Texas comme dans les autres Etats, les hispaniques votent majoritairement pour le parti démocrate (avec 19 points d’avance sur le parti républicain en moyenne). Le parti républicain avec sa rhétorique anti-immigration, anti-réforme de la santé est un parti qui aujourd’hui aliène le vote hispanique.

Mais les avancées du parti démocrate au Texas sont plus lentes qu’on ne pourrait l’imaginer au vu de la croissance hispanique. Le parti démocrate texan est un parti dénué de réelles infrastructures et largement sous financé : aucun candidat n’a gagné d’élection aux postes exécutifs texans depuis 1994.
En théorie, le parti démocrate pourrait dans les 10 prochaines années retrouver une place sur la scène politique texane grâce au vote des hispaniques mais même si ce groupe représente déjà 38% de la population, c’est un groupe qui vote très peu et qui reste peu politisé et peu engagé politiquement. Seulement 43% des hispaniques sont inscrits sur les listes électorales contre 82% des blancs et 77% des noirs.

Une participation électorale très faible des hispaniques couplée à un redécoupage électoral orchestré par la majorité républicaine au congrès et visant à avantager les candidats républicains sont deux facteurs qui continuent de freiner les avancées du parti démocrate au Texas. Cependant, le parti républicain ne peut ignorer ces évolutions démographiques et s’il souhaite ralentir encore un réalignement politique en faveur des démocrates, il doit reformuler son message vis-à-vis des populations hispaniques.

La rhétorique des figures de proue du parti républicain texan est aujourd’hui bien loin de celles de George W. Bush ou de Rick Perry qui reconnaissaient l’importance de la croissance hispanique pour l’économie texane et menaient des politiques d’immigration moins strictes que dans d’autres Etats frontaliers. Le sénateur Ted Cruz et de nombreux membres du Tea Party texan sont fermement opposés aux reformes des politiques d’immigration souhaitées par Barack Obama et ce message est évidemment loin de satisfaire la manne électorale hispanique.

Selon de nombreux observateurs, le Texas est à l’image de ce que seront les Etats-Unis d’un point de vue démographique d’ici 20 ans. Cela inquiète certains membres du parti conservateur mais pour d’autres, cela n’est pas une mauvaise chose pour le parti républicain qui doit inexorablement évoluer afin de ne pas perdre davantage de terrain auprès des populations hispaniques.

Le Texas, longtemps considéré comme un acquis pour le parti républicain est en passe de devenir le terrain de futures batailles électorales. D’ores et déjà, les deux camps multiplient le nombre de leurs candidats proches de la communauté hispanique tels que George P. Bush dont la mère est mexicaine dans le camp républicain et les frères Castro dans le camp démocrate.

Dernière modification : 16/05/2014

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